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S’il était stupide, il n’en serait pas là – de l’art du dérapage tout à fait contrôlé de Claude Guéant !


Claude Guéant est tout sauf stupide. On ne se retrouve pas Préfet, puis Secrétaire Général de l’Elysée (certains le voyaient alors déjà comme « l’homme le plus puissant de France »), puis enfin Ministre de l’Intérieur par hasard. Sa bien peu brillante sortie, samedi dernier, sur les « civilisations » est tout sauf un dérapage incontrôlé. Il n’y a qu’à voir le bonhomme : il n’a pas vraiment l’air d’un fanfaron qui parle sans réfléchir…

Qu’il pense vraiment ce qu’il a dit ou pas n’est, au fond, que secondaire : s’il a clamé haut et fort que les civilisations étaient hiérarchisables, c’est qu’il voulait faire du bruit – quelque soit le cadre dans lequel il l’ait dit, nul ne nous fera croire qu’il pensait rester inentendu. Non non, au contraire : s’il a dit ça, comme ça, maintenant, c’est justement parce qu’il voulait qu’on l’entende. Pourquoi ?

Nicolas Sarkozy, ce n’est un secret pour personne, est au plus bas dans les sondages. Ses promesses de rupture, tant sur la forme d’exercice du pouvoir que sur le fond politique, ne sont plus qu’espérances fanées pour un peuple dont la désillusion est cruelle. Le pouvoir d’achat, thème qui l’a porté au pouvoir il y a cinq ans, est en berne ; la situation économique est morose – la nation est en crise.

Mais, de la même façon que Claude Guéant ne peut pas être stupide, Nicolas Sarkozy ne peut pas être mauvais en campagne – sinon, il n’en serait pas là non plus ! Elu en 2007 sur une thématique sociale – le pouvoir d’achat – et devant l’échec flagrant de sa politique, il ne pourra pas être réélu cette année sur cette même thématique ; il doit impérativement, pour maximiser ses chances de réélection, déporter la campagne sur d’autres thématiques – il aura certes échoué sur celle qui l’avait fait élire en 2007, mais il pourra toujours prétendre aux Français que, sur telle autre thématique, il saura, mieux que quiconque, être à la hauteur les cinq prochaines années.

C’est là tout l’enjeu de la dérive de son fidèle Ministre le weekend dernier : pour espérer réussir, la campagne de Nicolas Sarkozy doit se faire sur un thème différent – ici, celui, abstrait au possible, des « valeurs », des « civilisations » – le « relativisme de la gauche » contre « l’humanisme de droite » qui défendrait la liberté, l’égalité, la fraternité, la justice sociale, la démocratie.

« J’ai peut-être été mauvais sur le pouvoir d’achat, dirait-il en substance, mais aujourd’hui, la question est plus grave encore : ce sont nos valeurs qui sont menacées, et croyez-moi, je saurai être à la hauteur pour les protéger ».

Provoc’ à souhait, la sortie de Claude Guéant a, de ce point de vue, été un succès total, en détournant l’attention des médias et des politiques des thèmes qu’ils traitaient consciencieusement jusqu’alors !

Bien évidemment, de telles déclarations n’auraient pas pu, n’auraient pas du passer inaperçues – c’eut été acter qu’elles n’étaient, après tout, pas plus choquantes que ça. Mais une réponse ferme et outrée, du candidat socialiste ou de la Première secrétaire, eût été suffisante ! Une réponse montrant un Parti socialiste solide dans ses convictions, fidèlement attaché à la République, fièrement universaliste (Laurent Bouvet avait tôt fait de préciser que, sur le terrain épistémologique, Claude Guéant avait tendu un piège à la gauche en la disant « relativiste » alors qu’elle est « universaliste » et que ses propres déclarations relèvent du « différentialisme » – je laisse ce débat aux experts !) avant de repartir mener campagne sur les thèmes qui intéressent les Français – le social ! L’emploi, le pouvoir d’achat – leur vie de tous les jours, malmenée par un gouvernement au service exclusif des plus fortunés depuis si longtemps !

Comme si le déballage médiatique d’une gauche outrée n’était pas suffisant, voilà qu’aujourd’hui le débat s’est transporté au Parlement, faisant complètement le jeu de la majorité présidentielle, sortie furieuse de l’Assemblée nationale après que Serge Letchimy  eût assimilé les déclarations ministérielles au « nazisme ».

En mois de trois jours, l’UMP a réussi à pousser le Parti socialiste à la faute et voilà le vrai débat, celui qui intéresse les Français qui galèrent au jour le jour, éclipsé par deux sorties toutes mesurées – celle, figurée, de Claude Guéant samedi et celle, bien concrète, des députés UMP aujourd’hui, en passe de réussir leur coup politique : déporter le débat ailleurs que là où il devrait se tenir. Faisant, au passage, le jeu des extrêmes chez qui le peuple n’hésitera pas à se réfugier devant tant d’incompréhension de la part des « partis de gouvernement ».

Au Parti socialiste de tourner la page bien peu glorieuse ouverte par le Ministre de l’Intérieur samedi dernier afin de pouvoir, le 6 mai prochain, tourner définitivement une page bien triste de notre Histoire contemporaine – la Sarkozie.


La Bataille de l’Amérique


 Les candidats qui porteront les couleurs socialistes aux élections législatives de juin prochain ont été désignés la semaine dernière, les militants socialistes ayant été appelés aux urnes le jeudi 1er décembre.

En Amérique du Nord, Corinne Narassiguin bat campagne depuis un an déjà…

Dans la circonscription nouvellement créée des Français de l’étranger en Amérique du Nord, la candidate socialiste a aussi été désignée à l’issue de primaires internes. C’était en décembre… 2010 ! En effet, le choix du candidat socialiste dans cette circonscription géante avait été avancé afin de laisser au candidat désigné le temps de parcourir le continent nord-américain à la rencontre des électeurs français.

Ainsi, cela fait près d’un an que Corinne Narassiguin mène campagne outre-Atlantique. Installée à New York depuis une douzaine d’années, militante au Parti socialiste depuis 2000, elle est élue à l’Assemblée des Français de l’Étranger depuis juin 2009. Son travail de candidate est remarquable : elle parcourt les Etats-Unis et le Canada à la rencontre de ces Français qui, pour la première fois, éliront un représentant à l’Assemblée nationale. En outre, elle organise régulièrement des webinars publics portant sur des thèmes majeurs pour les citoyens français exilés aux Etats-Unis (La retraite des Français aux Etats-Unis, Questions de scolarisations et de fiscalité, Questions de retraite et de nationalité,…).

… pendant que l’UMP se cherche un candidat

Alors que les Français d’Amérique du Nord avaient voté majoritairement pour Nicolas Sarkozy au deuxième tour des élections présidentielles de 2007 (celui-ci avait obtenu 56,1% des voix, soit près de six mille voix de plus que Ségolène Royal), l’absence d’une opposition quelconque pour le moment laisse le champ libre à la candidate socialiste. Si le parti majoritaire finira bien par nommer un candidat, ce dernier sera quand même parti en campagne avec un an de retard, un handicap non-négligeable dans une configuration politique telle, où les électeurs, dispersés sur près de vingt millions de kilomètres carrés, sont appelés aux urnes pour la première fois dans ce type d’élection.

Par ailleurs, Corinne Narassiguin a su mettre en place, autour d’elle, une équipe jeune et solide, tissant un réseau de militants au service de sa campagne aux quatre coins de la circonscription.

La suite des choses promet d’être assez intéressante : depuis l’élection de Christine Lagarde, à qui la circonscription était promise, à la tête du FMI, le parti majoritaire ne sait sur quel pied danser – récompenser quelqu’un d’expérimenté en lui donnant l’investiture dans une circonscription jugée facilement gagnable ou nommer quelqu’un déjà implanté sur place pour contrer l’intense campagne de terrain menée par les socialistes ? Plusieurs sources affirment qu’un candidat a déjà été choisi rue de la Boétie : Frédéric Lefebvre. Et déjà, la division à droite se profile puisque Julien Balkany, demi-frère de vous-savez-qui, habitant à New York depuis sept ans, a annoncé sa candidature « libre qui bien évidemment s’inscrit dans la droite ligne de l’action de Nicolas Sarkozy et de la majorité présidentielle ». Ambiance…

Bien que peu médiatisée à Paris, cette campagne mérite donc d’être suivie avec attention. La taille gigantesque de la circonscription pousse les candidats à faire preuve de créativité militante et les oblige à utiliser l’outil internet pour couvrir une population si dispersée. À suivre…


Et va, jolie !


Ok, ok, le titre de l’article est tellement bas que je ne mérite même pas que vous lisiez la suite… Mais quand même, allez, un petit effort !

Alors qu’elle semblait exsangue après sa lutte acharnée (et franchement pas toujours glorieuse) avec Nicolas Hulot, la voici repartie de l’avant. Après avoir critiqué avec fracas la parade militaire du 14 juillet (Einstein ne disait-il pas que « si un homme peut éprouver quelque plaisir à défiler en rang aux sons d’une musique, […] il ne mérite pas un cerveau humain puisqu’une moelle épinière le satisfait«  ?), Éva Joly vient de faire sa véritable entrée en campagne à Clermont-Ferrand, lors de l’Université d’été d’Europe Écologie – Les Verts. Un nom de parti que je trouve d’ailleurs bien ridicule : les Verts historiques ne sont donc pas capables d’aller de l’avant et d’abandonner leur nom au profit de celui qui a su redynamiser la mouvance écolo ? Ces deux noms accolés ressemblent décidément plus à une alliance qu’à une transformation du parti… Enfin bref, c’est un autre débat !

Toujours est-il que sa montée au créneau sur le défilé militaire du 14 juillet me semble tout à fait pertinente. Ce défilé n’est-il pas une façon de « montrer ses muscles » aux puissances étrangères ? Jean-Luc Mélenchon soulignait ainsi que « le défilé militaire rappelle à toute puissance étrangère ce qu’il lui en coûterait de s’en prendre à la France et à sa République« . Classe… A-t-on vraiment besoin de ça ? Doit-on vraiment consacrer notre Fête nationale, consécration de la République, à montrer nos muscles ? En ces temps où la citoyenneté est ébranlée – à juste titre – par l’injustice sociale, par le sentiment d’impuissance du politique – et, par conséquent, du citoyen – face aux pouvoirs financiers, l’armée est-elle vraiment le meilleur instrument de création de lien social – et citoyen, si nécessaire aujourd’hui ? J’en doute…

Je passerai bien évidemment sur les réactions à vomir d’une certaine partie de la classe politique (suivez mon regard, qui malheureusement n’a même plus besoin d’aller très loin…) sur la binationalité d’Éva Joly – Guy Teissier, Président UMP de la Commission de la défense à l’Assemblée nationale, remportant probablement la perle en déclarant : « Je suis consterné qu’il puisse encore exister, comme on les appelait autrefois, des anti-France« . Y’a-t-il un sceau quelque part !?

Cela étant dit, même si je suis vraiment heureux qu’elle ait posé le débat sur la table, je reste sceptique sur l’opportunité de présenter une candidature écologiste à la présidentielle, rejoignant en cela mon très estimé Dany le Rouge-Vert-Jaune (la Coupe du Monde 2014 qu’il prévoit de couvrir pour Canal+ ne sera-t-elle pas jaune et verte ?).  Quand Éva Joly affirme en rigolant que Cécile Duflot « apprendra le norvégien » si EELV dépasse les 10%, quand la salle entière dans laquelle elle prononce son discours de lancement de candidature lève les mains pour « montrer ses dix doigts, comme le score qu’elle rêve Eva Joly de voir réaliser – même si en vrai pas grand monde n’y croit« , est-il nécessaire et opportun de présenter une candidature à la présidentielle ?

Alors je sais, la jurisprudence Mitterrand 65 laisse à penser que oui, pour exister dans la vie politique française, il faut présenter sa candidature à l’élection présidentielle. Mais, comme le souligne depuis des mois un DCB inentendu, ne serait-il pas plus judicieux pour les écolos de passer un contrat gouvernemental avec le PS, de les soutenir à la Présidentielle et de demander, en échange, plus de circonscriptions gagnables aux Législatives ? Parce que l’enjeu véritable, il est là : les écolos ne gagneront pas la Présidentielle – eux-mêmes n’y croient pas. Ne pèseraient-ils pas plus, alors, auprès du PS en négociant son soutien en amont du 1er tour, et en obtenant un groupe parlementaire plus étoffé ? Il me semble qu’à long-terme, c’est la stratégie la plus intéressante pour eux : après cinq ans de législature (dans la majorité ou l’opposition) forts d’un groupe parlementaire conséquent, les écolos pèseront infiniment plus dans l’arène politique – et peut-être alors sera-t-il temps de présenter une candidature à l’élection présidentielle. Ou peut-être pas, peut-être devront-ils attendre une autre législature. La reconstruction d’un parti nécessite du temps long, nécessite de voir, prévoir, anticiper – nécessite de la patience et du long-terme. Mais les politiques aujourd’hui en sont-ils vraiment capables, eux qui subissent perpétuellement la dictature de l’instantané imposée tant par les médias que par les citoyens eux-mêmes ?


Franco-canadien, mais entièrement l’un et entièrement l’autre !


Notre pays est confronté à une montée du racisme. Dans ce contexte malsain, la France doit s’emparer de cette question de la bi-nationalité”, déclarait Claude Goasguen, député UMP et rapporteur de la mission d’information parlementaire sur le droit de la nationalité, le 8 mai dernier, dans un entretien à La Croix. “Je souhaite qu’on aille progressivement vers une limitation de la double nationalité par le biais de discussions bilatérales avec les pays”, poursuivait-il : “cela veut dire qu’on demanderait aux gens de choisir entre deux nationalités. Ou bien qu’on [irait] vers une limitation des droits politiques. Car il est tout de même gênant qu’une personne puisse voter en France et dans un autre État. En procédant ainsi, un binational se retrouverait en quelque sorte avec « une nationalité et demie »”.

 

Alors qu’un débat déjà malsain autour de la bi-nationalité agitait la Fédération Française de Football, voilà que le député profitait de la polémique sportive pour remettre en question le régime de double nationalité dont bénéficieraient, d’après lui, “quatre à cinq millions de Français”. Mais si la France est confrontée à “une montée du racisme”, comme l’affirme – probablement non sans tort – le député, quel rapport avec la “question de la bi-nationalité” ? Comment assimiler racisme et bi-nationalité ? J’ai beau chercher, je ne vois pas de lien… Au contraire, les bi-nationaux sont des véritables passerelles entre leurs deux pays, entre les deux cultures qui les habitent ; ils sont l’incarnation des liens qui peuvent exister entre deux pays – une incarnation infiniment plus forte, plus puissante – plus éloquente – que n’importe quel lien diplomatique !

 

Au-delà de cette amalgame incompréhensible entre bi-nationalité et racisme, l’objectif que poursuit Claude Goasguen est choquant : à défaut de “supprimer” la bi-nationalité, il veut la “limiter” en créant, dans un premier temps, un “registre des bi-nationaux” avant d’envisager la limitation de leurs “droits politiques”, arguant que posséder “une nationalité et demie”, c’est bien assez – une rhétorique dans la droite lignée de la tentative, l’été dernier, de créer différentes classes de citoyens français en menaçant perpétuellement les citoyens naturalisés d’être déchus de leur sésame.

 

Profitant de la porte ouverte par le député UMP, Marine Le Pen a envoyé une lettre à l’ensemble des élus du Palais Bourbon pour leur demander d’aller dans le sens d’une abrogation ; une fois de plus, les déclarations extrémistes du parti majoritaire alimentent l’extrême-droite elle-même…

 

Pourtant, posséder deux nationalités, ce n’est ni trahir l’une, ni trahir l’autre ! Posséder deux nationalités, ce n’est pas non plus n’être qu’à moitié français ! Je suis franco-canadien (bon, franco-québécois, aurais-je plutôt tendance à dire, mais c’est encore un autre débat !) ; mais je ne suis pas à moitié français et à moitié canadien : je suis tout l’un et tout l’autre, entièrement français et pleinement canadien ! C’est ça qui fait la beauté de la bi-nationalité, cette harmonie entre deux pays, entre deux cultures qui crée une ouverture d’esprit merveilleuse ; et nul doute que l’ouverture d’esprit entraîne la tolérance, la tolérance envers les autres, envers la différence. Comment donc oser assimiler bi-nationalité et racisme ?

 

La France a toujours eu une conception généreuse de la nationalité, définie au XIXème siècle par Renan ou Fustel de Coulanges. Pour eux, la nationalité se basait sur des critères positifs d’adhésion au projet collectif – elle se basait sur la volonté de participer à la construction du vivre ensemble, à “l’acceptation d’une communauté de destin”, comme le rappelle… Marine Le Pen elle-même, dans sa lettre aux députés. Soit. Mais en quoi les bi-nationaux sont-ils un obstacle à cette manifestation volontaire d’adhésion et de participation ? Pourquoi Claude Goasguen veut-il ôter à ceux-ci la possibilité de participer à cette construction de l’avenir national en limitant leurs “droits politiques” ?

 

Premièrement, les bi-nationaux ne peuvent pas toujours exercer leurs droits politiques dans leurs deux pays ; ainsi en est-il du Canada où les Canadiens vivant à l’étranger depuis plus de cinq ans n’ont pas le droit de vote. En allant jusqu’au bout de la logique proposée par Claude Goasguen, je serais privé de droit de vote au Canada et en France. Justice ?

 

Et puis, quand bien même un bi-national aurait le droit de vote dans les deux pays, pourquoi le priver de vote dans l’Hexagone ? C’est l’exercice des droits politiques qui fait, dans une large part, la participation au projet collectif – l’adhésion à la communauté nationale ! Qu’un citoyen français puisse également voter dans un autre pays – dans son autre pays – ne change rien au fait qu’il puisse participer pleinement à la construction du devenir national français !

 

Espérons que le gouvernement ne cède pas au chant des sirènes frontistes et sache raison garder : ce débat, alors que notre pays fait face à mille et un problèmes plus urgent, est aussi incongru que dangereux. A nous de rester vigilant pour éviter tout dérapage de la majorité… en attendant que le printemps 2012 nous en apporte une nouvelle, plus rose et plus belle !…


L’enseignement des langues est un désastre !


Cette tribune est une réaction à un article du Monde que vous trouverez ici : http://2lo.in/1fk

Evidemment, je ne puis que soutenir la volonté du Ministre de démarrer l’apprentissage de l’anglais dès trois ans. Ce n’est qu’ainsi que les enfants pourront parler anglais presque comme si c’était leur langue maternelle – parler anglais avec fluidité, aisance et assurance. Parce qu’aujourd’hui, parler anglais n’est même plus un avantage, un bon plus sur le marché du travail ou dans la vie courante. C’est une impérieuse nécessité. En quelques décennies, ce bon plus est passé de la deuxième langue à la troisième. Ce n’est plus parler l’anglais qui est un avantage ; c’est parler une troisième langue. Il serait donc temps que les élèves français rattrapent leur retard en maîtrisant l’anglais tôt pour pouvoir se lancer au plus vite dans l’apprentissage d’une seconde langue étrangère.

Ainsi, l’apprentissage de l’anglais en maternelle me semble être une bonne chose. Evidemment, à cet âge là, il est plus facile d’intégrer un système de pensée différent tel que peut l’être une autre langue – celle-ci sera donc assimilée plus rapidement. Cependant, il faut aller plus loin : outre l’Anglais, dont l’apprentissage ne doit pas cesser jusqu’au Bac, quitte à ce que les cours de langue du collège ou du lycée deviennent plus des cours de culture ou de littérature anglo-saxonne à la faveur d’étudiants maitrisant déjà plutôt bien la langue, il faut que les élèves apprennent, dès la première année du primaire, une seconde langue ! Il faut que chaque école soit en mesure de proposer deux ou trois langues étrangères aux enfants – aux parents, plutôt, qui seraient bien évidemment les maitres du choix étant donné l’âge des enfants. Mon petit frère de dix ans fait de l’Allemand cette année et je suis de plus en plus étonné devant la rapidité avec laquelle il apprend et comprend la langue – et le système de pensée intrinsèque. C’est très enrichissant, d’apprendre une langue : outre le bénéfice direct, celui de savoir la parler, ça fait travailler le cerveau d’une façon très intéressante ! Ca détruit beaucoup de choses que l’on pensait évidentes – la langue conditionne la pensée et en connaître plusieurs, c’est s’émanciper du joug inhérent à chacune ! Profitons de l’élasticité de l’esprit d’un enfant, qui apprend avec beaucoup plus de facilités qu’un adulte – profitons de cet âge merveilleux pour leur faire apprendre ce qu’il est si dur d’apprendre par la suite – des langues vivantes !

Alors, bien sûr, inutile de dire mon désarroi quand je lis, assez rapidement, dans l’article, que cette volonté ministérielle d’anticiper l’apprentissage de l’anglais va de pair avec une suppression continue de postes d’intervenants en langue étrangère – et qu’il veut que l’apprentissage se fasse par ordinateur. Je veux bien être le premier à défendre l’utilisation des nouvelles technologies dans l’éducation mais alors pour les langues, pour les très jeunes et pour un premier apprentissage, c’est ridicule ! C’est au contraire la présence humaine, l’échange, l’interaction qui feront de cette initiation à l’anglais une réussite. Alors, oui, c’est vrai, ça implique probablement des coûts supplémentaires. Faut savoir ce qu’on veut, aussi : on peut pas être les meilleurs partout sans dépenser le moindre sou, M’sieur l’Ministre…


En Tunisie, les jasmins sont en fleurs !


« En Tunisie, les jasmins sont en fleurs », pouvait-on lire sur une pancarte fièrement levée dans le ciel parisien, samedi dernier, au cœur d’une magnifique manifestation de joie et de soutien au peuple tunisien. Après vingt-trois ans d’un pouvoir répressif, Zine el-Abidine Ben Ali a été destitué par le peuple – cette force vive ignorée en Tunisie comme dans tant de régimes autoritaires et qui, du jour au lendemain, a repris le pouvoir – une révolution démocratique.

En moins d’un mois, donc, le peuple est venu à bout de son dictateur qui n’avait de président que le nom – même si, comme certains s’amusent dorénavant à faire remarquer, une certaine libéralisation du régime s’était amorcée dans les dernières années, comme en témoigne son score relativement faible à la dernière élection présidentielle – seulement 89,62% des voix…

Tout a commencé par ce drame – Mohamed Bouazizi, 26 ans qui, désespéré par les conditions de vie, désespéré de la malveillance d’un régime policier, s’est immolé par le feu devant le siège du gouvernorat qui l’avait auparavant débouté dans ses requêtes de clémence policière. « Je quitte, maman, pardonne-moi, les reproches sont inutiles, je suis perdu sur un chemin que je ne contrôle pas, pardonne-moi, si je t’ai désobéi, adresse tes reproches à notre époque, pas à moi… ». Ses derniers mots détonnent par leur simplicité, leur profondeur – ils touchent par la justesse du constat désabusé livré sur la condition humaine sous le régime de Ben Ali. Ils détonnent tant qu’ils ne tarderont pas à enflammer le pays, ébranlant avec une force croissante un régime sans que jamais personne ne pense qu’il finirait par tomber – jusqu’à ce vendredi 14 où le monde apprend avec stupeur que le peuple a eu raison de son bourreau – que Ben Ali n’est plus en Tunisie.

Pourtant, quelques jours auparavant, la France, par la voix de sa ministre des Affaires Étrangères, n’avait pas manqué, dans un sombre élan aux relents néo-colonialistes, de proposer aux forces policières tunisiennes – qui, rappelons-le, tirait alors à balles réelles sur le peuple manifestant pacifiquement – son aide et son expertise en matière de régulation des ardeurs populaires – que reste-t-il du Pays des Droits de l’Homme ?

Comme le souligne Laurent Joffrin dans son éditorial du 17 janvier, le succès de cette révolution en pays arabe renvoie également les « grands prêtres du choc des civilisations » dans leurs cordes : oui, les libertés fondamentales le sont tout autant à Paris qu’à Tunis, à Washington qu’à Beijing – et aucun peuple, quelque soit sa culture, sa religion, sa philosophie, ne se résignera jamais à une dictature – « celle d’Allah ou celle du Parti ».

Reste maintenant pour les Tunisiens à gérer comme il se doit la transition démocratique qu’il convient de mettre en œuvre. Comme me le rappelait en fin de semaine un syndicaliste tunisien, les islamistes commencent à sortir de leurs cachettes à la faveur de l’anarchie qui règne dans le pays. Le gouvernement d’Union nationale mis en place a pour objectif l’organisation rapide d’élections législatives et présidentielles. Aux partis démocratiques de convaincre le peuple pour l’empêcher de tomber dans un extrémisme forcément préjudiciable à terme pour ses intérêts propres.


Des primaires en Europe !


Les élections européennes de 2009 n’ont pas été glorieuses pour le Parti Socialiste Européen qui y a perdu des plumes – et quelques eurodéputés au passage. Et pourtant, le PSE était le seul à avoir réussi à mettre en place une plateforme commune, un Manifesto accepté par tous les partis nationaux et qui devait servir de base programmatique commune, permettant par là même occasion d’éviter autant que faire se peut que la campagne européenne ne se transforme, comme souvent (comme toujours ?) en vingt-sept campagnes nationales. Avouons que, si l’idée était belle, le succès n’était pas vraiment au rendez-vous.

Il faut dire que l’Union Européenne ne fait plus rêver : des taux de participation aux élections en chute ininterrompue, un sentiment d’éloignement perpétuel entre « les technocrates de Bruxelles » et le peuple européen, une absence d’identité européenne véritable – le processus d’intégration politique construit depuis cinquante ans semble avoir perdu de sa superbe.

L’action du PSE est, à cet égard, primordiale : les partis européens doivent tout faire, tout mettre en œuvre pour que les élections européennes permettent aux citoyens de débattre sur des enjeux européens – et pas, comme souvent, que ces élections soient un thermomètre visant à prendre la température des situations politiques nationales.

Toutefois, il manquait un élément clé pour la réussite de cette entreprise d’européanisation des élections… européennes. Il manquait un homme (ou une femme), un leader, quelqu’un en qui les gens pouvaient se reconnaître ! Quelqu’un que les gens pouvaient identifier comme étant bien le leader de la campagne européenne des socialistes – quelqu’un qui serve d’exutoire aux soutiens ou critiques populaires. Quelqu’un qui se substitue, à lui seul, aux vingt-sept leaders socialistes des vingt-sept pays européens. Quelqu’un qui incarne l’idée d’une Europe socialiste. Quelqu’un qui, si le PSE avait été, grâce aux suffrages européens, promu comme le premier groupe parlementaire à Strasbourg, aurait été élu par ce Parlement à la tête de la Commission Européenne.

Car c’est bien là, le problème : l’Union Européenne manque de leader et le peuple a l’impression de ne pas connaître ses dirigeants européens et, dès lors, de ne pas savoir ce qu’il se trame dans les instances décisionnelles de Bruxelles, Strasbourg ou Luxembourg. Or, le Parlement Européen a une prérogative majeure, primordiale, clé, première ! Elle élit le Président de la Commission Européenne. Comme dans tout régime parlementaire, le Parlement élu, représentatif du peuple européen dans son ensemble, a le pouvoir de porter à la tête de l’Union son Premier Ministre – car le Président de la Commission Européenne a des prérogatives qui le rapprochent d’un Premier ministre national, son armée de Commissaires munis chacun de portefeuilles spécifiques étant les ministres de l’Union.

Comme au Royaume-Uni où c’est la Reine qui propose au Parlement britannique un Premier ministre qui doit ensuite être élu par ce Parlement, en Europe, c’est le Conseil des ministres qui propose au Parlement un Président de la Commission. Sauf qu’en Europe, jusqu’à présent, le Parlement s’est laissé dicter son choix par le Conseil, ne faisant qu’entériner sa proposition !

Imaginez qu’au Royaume-Uni, la Reine propose, à l’Assemblée conservatrice nouvellement élue, Gordon Brown comme Premier ministre. Outre le scandale provoqué – et le soulèvement de la question de la sénilité éventuelle de la très chère Elizabeth !, le Parlement britannique ne l’aurait jamais élu ! Pourquoi donc le Parlement européen devrait-il à tout prix élire le candidat proposé par le Conseil ?

L’idée, elle est là : en 2014, le Parti Socialiste Européen désignera clairement son candidat à la Présidence de la Commission Européenne pour contraindre le Conseil, si le PSE est majoritaire, à proposer ce candidat. Les textes institutionnels européens ouvrent clairement la voie à un régime parlementaire et seuls les exécutifs nationaux, réticents face à toute subsidiarité ascendante, entravent le processus de parlementarisation de l’Union.

Mais nous, nous voulons aller encore plus loin. Un mouvement est né parmi les socialistes européens et nous voulons que son ampleur soit telle qu’elle contraigne le PSE à en prendre compte. Nous voulons redonner ses lettres de noblesse au militantisme socialiste européen. Nous voulons que le candidat socialiste à la Présidence de la Commission Européenne soit désigner par les militants du PSE eux-mêmes – par des primaires européennes !

Tels primaires ne pourraient qu’entraîner l’adhésion pleine et entière des militants dans un leader – et un parti – qu’ils auront eux-mêmes désignés. Des primaires à travers l’Europe lanceraient majestueusement le candidat socialiste, lui donnant une belle longueur d’avance devant tous les autres partis européens qui, dépassés, seraient jugés anachroniques et anti-démocratiques par leur processus de désignation obscur… quand désignation il y a ! Le PSE serait compris comme étant le premier parti européen à se battre pour rendre l’Union Européenne au peuple européen, en revigorant le Parlement pour qu’il ne soit plus l’esclave du Conseil.

Ces primaires auraient le mérite d’entraîner un mouvement de parlementarisation de l’UE. De plus, elles donneraient toutes ses chances au candidat socialiste pour qu’en 2014, près de vingt ans après le départ de Jacques Delors de la Présidence de la Commission Européenne, les socialistes puissent enfin réinvestir dignement les instances dirigeantes de l’Union. Pour soutenir ce mouvement, c’est par ici !


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