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La Bataille de l’Amérique


 Les candidats qui porteront les couleurs socialistes aux élections législatives de juin prochain ont été désignés la semaine dernière, les militants socialistes ayant été appelés aux urnes le jeudi 1er décembre.

En Amérique du Nord, Corinne Narassiguin bat campagne depuis un an déjà…

Dans la circonscription nouvellement créée des Français de l’étranger en Amérique du Nord, la candidate socialiste a aussi été désignée à l’issue de primaires internes. C’était en décembre… 2010 ! En effet, le choix du candidat socialiste dans cette circonscription géante avait été avancé afin de laisser au candidat désigné le temps de parcourir le continent nord-américain à la rencontre des électeurs français.

Ainsi, cela fait près d’un an que Corinne Narassiguin mène campagne outre-Atlantique. Installée à New York depuis une douzaine d’années, militante au Parti socialiste depuis 2000, elle est élue à l’Assemblée des Français de l’Étranger depuis juin 2009. Son travail de candidate est remarquable : elle parcourt les Etats-Unis et le Canada à la rencontre de ces Français qui, pour la première fois, éliront un représentant à l’Assemblée nationale. En outre, elle organise régulièrement des webinars publics portant sur des thèmes majeurs pour les citoyens français exilés aux Etats-Unis (La retraite des Français aux Etats-Unis, Questions de scolarisations et de fiscalité, Questions de retraite et de nationalité,…).

… pendant que l’UMP se cherche un candidat

Alors que les Français d’Amérique du Nord avaient voté majoritairement pour Nicolas Sarkozy au deuxième tour des élections présidentielles de 2007 (celui-ci avait obtenu 56,1% des voix, soit près de six mille voix de plus que Ségolène Royal), l’absence d’une opposition quelconque pour le moment laisse le champ libre à la candidate socialiste. Si le parti majoritaire finira bien par nommer un candidat, ce dernier sera quand même parti en campagne avec un an de retard, un handicap non-négligeable dans une configuration politique telle, où les électeurs, dispersés sur près de vingt millions de kilomètres carrés, sont appelés aux urnes pour la première fois dans ce type d’élection.

Par ailleurs, Corinne Narassiguin a su mettre en place, autour d’elle, une équipe jeune et solide, tissant un réseau de militants au service de sa campagne aux quatre coins de la circonscription.

La suite des choses promet d’être assez intéressante : depuis l’élection de Christine Lagarde, à qui la circonscription était promise, à la tête du FMI, le parti majoritaire ne sait sur quel pied danser – récompenser quelqu’un d’expérimenté en lui donnant l’investiture dans une circonscription jugée facilement gagnable ou nommer quelqu’un déjà implanté sur place pour contrer l’intense campagne de terrain menée par les socialistes ? Plusieurs sources affirment qu’un candidat a déjà été choisi rue de la Boétie : Frédéric Lefebvre. Et déjà, la division à droite se profile puisque Julien Balkany, demi-frère de vous-savez-qui, habitant à New York depuis sept ans, a annoncé sa candidature « libre qui bien évidemment s’inscrit dans la droite ligne de l’action de Nicolas Sarkozy et de la majorité présidentielle ». Ambiance…

Bien que peu médiatisée à Paris, cette campagne mérite donc d’être suivie avec attention. La taille gigantesque de la circonscription pousse les candidats à faire preuve de créativité militante et les oblige à utiliser l’outil internet pour couvrir une population si dispersée. À suivre…


En Tunisie, les jasmins sont en fleurs !


« En Tunisie, les jasmins sont en fleurs », pouvait-on lire sur une pancarte fièrement levée dans le ciel parisien, samedi dernier, au cœur d’une magnifique manifestation de joie et de soutien au peuple tunisien. Après vingt-trois ans d’un pouvoir répressif, Zine el-Abidine Ben Ali a été destitué par le peuple – cette force vive ignorée en Tunisie comme dans tant de régimes autoritaires et qui, du jour au lendemain, a repris le pouvoir – une révolution démocratique.

En moins d’un mois, donc, le peuple est venu à bout de son dictateur qui n’avait de président que le nom – même si, comme certains s’amusent dorénavant à faire remarquer, une certaine libéralisation du régime s’était amorcée dans les dernières années, comme en témoigne son score relativement faible à la dernière élection présidentielle – seulement 89,62% des voix…

Tout a commencé par ce drame – Mohamed Bouazizi, 26 ans qui, désespéré par les conditions de vie, désespéré de la malveillance d’un régime policier, s’est immolé par le feu devant le siège du gouvernorat qui l’avait auparavant débouté dans ses requêtes de clémence policière. « Je quitte, maman, pardonne-moi, les reproches sont inutiles, je suis perdu sur un chemin que je ne contrôle pas, pardonne-moi, si je t’ai désobéi, adresse tes reproches à notre époque, pas à moi… ». Ses derniers mots détonnent par leur simplicité, leur profondeur – ils touchent par la justesse du constat désabusé livré sur la condition humaine sous le régime de Ben Ali. Ils détonnent tant qu’ils ne tarderont pas à enflammer le pays, ébranlant avec une force croissante un régime sans que jamais personne ne pense qu’il finirait par tomber – jusqu’à ce vendredi 14 où le monde apprend avec stupeur que le peuple a eu raison de son bourreau – que Ben Ali n’est plus en Tunisie.

Pourtant, quelques jours auparavant, la France, par la voix de sa ministre des Affaires Étrangères, n’avait pas manqué, dans un sombre élan aux relents néo-colonialistes, de proposer aux forces policières tunisiennes – qui, rappelons-le, tirait alors à balles réelles sur le peuple manifestant pacifiquement – son aide et son expertise en matière de régulation des ardeurs populaires – que reste-t-il du Pays des Droits de l’Homme ?

Comme le souligne Laurent Joffrin dans son éditorial du 17 janvier, le succès de cette révolution en pays arabe renvoie également les « grands prêtres du choc des civilisations » dans leurs cordes : oui, les libertés fondamentales le sont tout autant à Paris qu’à Tunis, à Washington qu’à Beijing – et aucun peuple, quelque soit sa culture, sa religion, sa philosophie, ne se résignera jamais à une dictature – « celle d’Allah ou celle du Parti ».

Reste maintenant pour les Tunisiens à gérer comme il se doit la transition démocratique qu’il convient de mettre en œuvre. Comme me le rappelait en fin de semaine un syndicaliste tunisien, les islamistes commencent à sortir de leurs cachettes à la faveur de l’anarchie qui règne dans le pays. Le gouvernement d’Union nationale mis en place a pour objectif l’organisation rapide d’élections législatives et présidentielles. Aux partis démocratiques de convaincre le peuple pour l’empêcher de tomber dans un extrémisme forcément préjudiciable à terme pour ses intérêts propres.


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